Analyse brute - Stéphane Mallarmé, À la nue accablante tu
Version brute générée par l’outil. Pour une version plus lisible et exploitable, voir la lecture interprétative finale.
Analyse générée : claude-opus-4-8 – 14/06/2026 à 22 :55
Cadre générique retenu : sonnet ; registre lyrique ; fin XIXe ; poésie
Source analysee : t_mallarme.txt
1. Cadre hermeneutique
Sonnet (4-4-3-3), registre lyrique, fin XIXe, poésie. Le genre poétique autorise les relations sémiques à longue portée, les inversions syntaxiques violentes et la suspension du sens référentiel : ici la phrase unique (1 phrase approx. pour 14 vers, indice §1) couvre tout le texte, ce qui crée une syntaxe à tiroirs où chaque groupe nominal flotte avant rattachement. L’horizon d’attente du sonnet lyrique fin de siècle : une situation (souvent maritime, vu naufrage, épaves, écume) traitée non pour son anecdote mais pour son retentissement abstrait. Méfiance imposée : le « sujet » maritime évident (naufrage) est le fond dominant — je le tiendrai pour la fin et commencerai par les récurrences faibles. La quasi-absence de répétitions lexicales (§2 : « aucun item répété ») signifie que toute isotopie sera portée par des sèmes afférents dispersés, lexicalisés analytiquement, et non par des mots-clés. C’est un texte sans redite verbale : le travail est entièrement sémique.
2. Isotopies par densité (de la plus rare à la plus dense)
| Sème | Densité | Occurrences | Statut | Position |
|---|---|---|---|---|
| /sonorité/ | très faible | « échos » (v.3), « trompe » (v.4) | générique | dominée |
| /enfance-jeunesse/ | très faible | « flanc enfant » (v.14) ; a contrario « blanc cheveu » (v.12, vieillesse) | spécifique | dominée |
| /vanité-inutilité/ | faible | « trompe sans vertu » (v.4), « l’abîme vain » (v.11) | spécifique | dominée |
| /privation-dénuement/ | faible | « sans vertu » (v.4), « mât dévêtu » (v.8), « avarement » (v.13) | spécifique | dominée |
| /hauteur/ vs /profondeur/ | faible | « nue » (v.1), « perdition haute » (v.10) / « basse » (v.2), « abîme » (v.11), « noyé » (v.13) | générique | dominée |
| /minéral-dur/ | faible | « basalte » (v.2), « laves » (v.2) | générique | dominée |
| /blancheur/ | faible (1 occ. nette) | « si blanc cheveu » (v.12) ; rattaché à « écume » (v.6) | spécifique | indice |
| /négation-anéantissement/ | moyenne | « sans » (v.4), « Abolit » (v.8), « vain » (v.11), « noyé » (v.13), « tu » (= tais, v.1) | spécifique | co-dominante |
| /eau-mer/ (naufrage) | forte | « laves »( ?), « écume » (v.6), « naufrage » (v.5), « épaves » (v.7), « mât » (v.8), « abîme » (v.11), « noyé » (v.13), « sirène » (v.14) | générique | dominante |
3. Sèmes afférents & parcours interprétatifs
Inhibition au vers 1 — « tu ». Le mot « tu » en position de clôture du premier vers (§16 ouverture « À la nue accablante tu ») est syntaxiquement rattaché par spaCy comme advmod de « accablante » (§7), ce qui n’a guère de sens si on lit le pronom. La lettre impose plutôt le participe tu (taire) : « naufrage tu/tu… à la nue ». Le sème inhérent /personne, interlocuteur/ du pronom est inhibé au profit de /silence/. Ce /silence/ se propage : un naufrage tu (passé sous silence) est exactement ce que le poème met en scène — un événement nié à la source. Trajet : /silence/ posé en v.1 → renforcé par « trompe sans vertu » (v.4 : l’instrument sonore est privé d’effet) → aboutit à « Abolit » (v.8). Lecture : le son ne se produit pas, l’événement est effacé.
Activation paradoxale — « échos esclaves » (v.3). « échos » porte /sonorité, répétition/ ; « esclaves » (épithète, §9) active /soumission, contrainte/. Des échos esclaves sont des échos qui ne répondent pas librement : le sème /vanité de la sonorité/ est activé, en accord avec « trompe sans vertu ». Trajet : /son inutile/ propagé de « échos esclaves » (v.3) vers « trompe sans vertu » (v.4) par contiguïté de la strophe.
Propagation de /privation/. « sans vertu » (v.4, négation §12) → « mât dévêtu » (v.8 : dépouillé) → « avarement » (v.13, adverbe rare). Le sème /dépouillement, manqué/ traverse les trois zones du poème. Notable : « dévêtu » (épithète de épaves/mât, §9) superpose /nu/ au mât, propageant le /dénuement/ de l’humain (vêtement) à l’objet maritime.
« si blanc cheveu » (v.12) → /vieillesse/ ou /écume/ ? « blanc » + « cheveu » active socialement /vieillesse/ (cheveux blancs). Mais le contexte maritime (« abîme éployé dans le… cheveu ») propage vers « cheveu » le sème /écume, vague blanche/ déjà posé en « écume » (v.6). Le /blanc/ devient l’attribut de la vague et non d’une chevelure humaine. Trajet : /blancheur d’écume/ de v.6 vers « blanc cheveu » v.12 par le fond marin dominant.
« flanc enfant » (v.14). « enfant » épithète de « flanc » (§9) active /jeunesse, fraîcheur/ — en opposition frontale avec « blanc cheveu » (vieillesse) deux vers plus haut. Cette tension porte la chute.
4. Molécule(s) sémique(s)
Molécule du naufrage nié : {/eau/, /englouti/, /silence/, /vanité/, /anéantissement/}.
- Lexicalisations synthétiques : « naufrage » (v.5 ; /eau/ + /englouti/ + /perte/), « abîme » (v.11 ; /profondeur/ + /englouti/), « noyé » (v.13 ; /eau/ + /mort/).
- Lexicalisations analytiques (un sème dispersé) : « tu » /silence/ (v.1), « Abolit » /anéantissement/ (v.8), « vain » /vanité/ (v.11), « sans vertu » /vanité/ (v.4), « écume » /eau/ (v.6), « épaves » /englouti-reste/ (v.7).
Liens casuels (esquisse) :
- ERG (agent) : « Tout l’abîme vain éployé » (v.11) — l’abîme est l’agent grammatical de « aura noyé » (v.13).
- ACC (patient) : « le flanc enfant d’une sirène » (v.14), objet de « noyé » (§10).
- RES (résultat) : « épaves » (v.7), « mât dévêtu » (v.8) — restes du naufrage.
Molécule diffuse : aucun mot ne la concentre entièrement ; elle se reconstitue par propagation sur l’ensemble. Le sème central /silence-négation/ n’a aucun mot propre stable, il est porté par « tu », « sans », « Abolit », « vain ».
5. Le pas-de-côté
Le naufrage n’a peut-être pas eu lieu. La lecture spontanée lit un drame maritime. Or la syntaxe interrogative-disjonctive le ruine : « Quel sépulcral naufrage… Ou cela que furibond… faute de quelque perdition haute » (v.5, 9-10). La structure « Quel X… Ou cela que… » pose une alternative entre deux hypothèses, et « faute de quelque perdition haute » (v.9-10) signifie en l’absence de perte. Le sème /privation/ propagé en §3 culmine ici : il n’y aurait aucune perdition. Le fond escamoté est celui de l’événement : le poème convoque tout l’appareil du naufrage (épaves, mât, écume, abîme) pour le mettre au conditionnel-négatif. « aura noyé » (v.13, futur antérieur) achève d’irréaliser : un naufrage qui se sera produit, peut-être, et seulement sur un « flanc de sirène » — c’est-à-dire un être fabuleux, donc inexistant.
Le fond /représentation fabuleuse/ capture le fond /événement maritime/. La « sirène » (v.14, dernier mot, position forte §16 clôture) réoriente rétroactivement : si la seule chose noyée est le flanc d’une créature mythique, alors le naufrage entier bascule du réel vers l’imaginaire ou la métaphore. La force du fond marin dense « capture » les unités, mais la clôture sur « sirène » réinjecte /fiction/ : tout l’abîme n’aura noyé que de l’imaginaire.
« tu » (v.1) : le silence comme premier mot. Que le poème s’ouvre (§16) sur un /silence/ (naufrage tu) et que son verbe central soit « Abolit » (v.8, milieu §16) installe une isotopie /effacement/ qui rivalise avec l’isotopie marine et la nié de l’intérieur. C’est le pas-de-côté majeur : le sujet n’est pas le naufrage, mais son abolition / son non-dit.
6. Forme & sens
Sonnet en octosyllabes (vers courts, resserrement). Rimes des quatrains embrassées sur deux sons seulement (-u / -aves : « tu/vertu/tu/dévêtu » ; « laves/esclaves/baves/épaves »), créant une saturation sonore qui mime l’enfermement (« échos esclaves »).
Position à la rime comme opérateur. « tu » (v.1) rime avec « vertu » (v.4), « tu » (v.5), « dévêtu » (v.8) : la chaîne /silence/–/vanité/–/dénuement/ est soudée par la rime en -u. L’équivalence sonore propage l’équivalence sémique : taire = être sans vertu = être dévêtu (plausible).
« noyé » (v.13) / « éployé » (v.11) : la rime relie le déploiement de l’abîme (« éployé ») à son résultat (« noyé »), équivalence sonore qui scelle agent et action de la molécule du naufrage (solidement attesté pour la rime, plausible pour la portée sémique).
Le rejet du verbe principal « Abolit » en tête de v.8, après une longue suspension, donné à l’anéantissement une position rythmique forte (solidement attesté pour la position, conjectural pour l’effet d’emphase).
7. Degrés de certitude
| Relevé | Degré |
|---|---|
| Isotopie marine dominante (écume, épaves, mât, abîme, noyé) | solidement attesté |
| « tu » (v.1) = participe tu (taire), sème /silence/ | plausible |
| /privation/ propagé : « sans vertu » → « dévêtu » → « avarement » | solidement attesté |
| Structure alternative-négative « Quel… Ou… faute de » irréalisant le naufrage | plausible |
| « blanc cheveu » capté par /écume/ plutôt que /vieillesse/ | plausible |
| Opposition « blanc cheveu » (vieillesse) / « flanc enfant » (jeunesse) | plausible |
| « sirène » réinjecte /fiction/ et capture le fond marin | plausible |
| Chaîne de rime -u soudant /silence/-/vanité/-/dénuement/ | plausible |
| Rejet de « Abolit » comme emphase de l’anéantissement | conjectural |
8. Relevés majeurs (hiérarchisés)
Le naufrage est nié de l’intérieur. L’appareil lexical du désastre (« naufrage » v.5, « épaves » v.7, « abîme » v.11) est soumis à une syntaxe alternative et privative — « Quel… Ou cela que… faute de quelque perdition haute » (v.5, 9-10) — qui en suspend la réalité.
/silence/ inaugural via « tu ». Le premier vers « À la nue accablante tu » (§16) ouvre sur un /silence/ (naufrage tu/tu) qui contredit le bruit attendu (« échos » v.3, « trompe » v.4) et culmine dans « Abolit » (v.8).
Molécule diffuse {eau + englouti + vanité + anéantissement} sans mot-noyau, reconstituée par propagation : « écume » (v.6), « vain » (v.11), « noyé » (v.13).
Clôture sur « sirène » (v.14) : capture par la fiction. Le seul corps « noyé » est mythique (« le flanc enfant d’une sirène »), ce qui irréalise rétroactivement tout le désastre.
Chaîne de privation lexicalisée analytiquement : « sans vertu » (v.4), « dévêtu » (v.8), « avarement » (v.13) — la perte n’est nulle part nommée mais partout diffusée.
Tension d’âge à la chute : « si blanc cheveu » (v.12, vieillesse) vs « flanc enfant » (v.14, jeunesse), opposition spécifique portée par les épithètes.
9. Schémas
Molécule sémique principale
graph TD M["Molécule : naufrage nié"] M --> EAU["/eau/ : écume, abîme, noyé"] M --> ENG["/englouti/ : naufrage, épaves"] M --> SIL["/silence/ : tu (v.1)"] M --> VAIN["/vanité/ : sans vertu, vain"] M --> ANE["/anéantissement/ : Abolit"] M --> PRIV["/privation/ : dévêtu, avarement"]
Carte des isotopies
graph LR DOM["DOMINANTE /eau-mer/"] --> NEG["co-dominante /négation-anéantissement/"] NEG --> SIL["/silence/ tu, sans vertu"] NEG --> VAIN["/vanité/ vain"] DOM --> PRIV["dominée /privation/ dévêtu, avarement"] DOM --> HP["dominée /hauteur-profondeur/ nue, abîme"] NEG -.capture.-> FICT["/fiction/ sirène (clôture)"] PRIV --> AGE["/âge/ blanc cheveu vs flanc enfant"]
10. Analyse des absences
Ce qui suit ne porte pas sur le texte tel qu’il est, mais sur l’écart entre le texte et l’horizon d’attente de son genre. Les éléments mentionnés ici sont ABSENTS du texte et ne doivent jamais être lus comme présents.
Horizon d’attente déclaré
Un sonnet lyrique de la fin du XIXe rend statistiquement attendus :
- Un sujet énonciateur (« je ») assumé, support du registre lyrique : épanchement, position affective explicite, adresse à un toi aimé ou à soi.
- Une isotopie du sentiment : amour, douleur, mélancolie, désir, nommés ou figurés de façon lisible.
- Un objet ou destinataire affectif vers lequel la parole se tend.
- Une syntaxe phrastique résolue : le sonnet ferme classiquement ses propositions, surtout sa chute, qui livre une closure (pointe, résolution, élargissement signifiant).
- Une progression argumentative ou narrative : quatrains qui posent, tercets qui retournent ou concluent.
- Une référentialité scénique stable : un décor, un événement, une situation reconnaissables.
- Un lexique de transparence : le lyrique vise communément l’effusion immédiate, non l’opacité.
Tableau des absences retenues
| Attendu générique | Statut | Effet de sens conjectural |
|---|---|---|
| Le « je » lyrique | Absent. Aucune marque de première personne. Le seul pronom personnel est un « tu » impératif adressé à « écume » (« tu / Le sais »), non à un être aimé. | L’effusion subjective est évacuée ; la voix se dépersonnalise. L’attente d’un cœur qui parle est déçue au profit d’une parole sans sujet assignable — possible effet d’impersonnalité, de parole rendue à l’objet (mer, abîme). |
| Isotopie du sentiment nommé | Absente. Aucun terme affectif (amour, douleur, regret). Le champ lexical est minéral et marin (« basalte », « laves », « écume », « naufrage », « épaves », « abîme »). | Le lyrisme attendu est déplacé du cœur vers le cataclysme : l’émotion, si elle existe, n’est jamais dite, seulement déléguée à un désastre cosmique. Déception de l’horizon effusif. |
| Closure du dernier vers | Présente formellement mais inhibée sémantiquement. La chute (« Le flanc enfant d’une sirène ») clôt sur une figure irréelle et un verbe au futur antérieur (« aura noyé ») qui laisse l’événement en suspens. | La pointe attendue (résolution, sens livré) est refusée ; le sonnet se ferme sur l’indécidable. Effet possible : suspension du sens, sublime de l’incertitude. |
| Syntaxe phrastique résolue | Absente. La phrase unique, hyperbatique, alterne participe initial, interrogation (« Quel sépulcral naufrage… ») et alternative non tranchée (« Ou cela que… »). Aucune proposition principale stable d’emblée. | L’attente d’un énoncé qui se donné d’abord à comprendre est massivement déçue. L’opacité syntaxique devient elle-même le sujet : peut-être figuration du naufrage dans la phrase. |
| Référence scénique stable | Présente puis dissoute. Un naufrage est évoqué mais aussitôt mis en doute (« Quel… »), nié (« faute / De quelque perdition »), réduit à un « abîme vain ». | L’événement attendu comme socle du poème est rendu hypothétique, voire annulé. Effet : un lyrisme du rien, d’un désastre qui n’a peut-être pas eu lieu. |
Absences écartées comme triviales
- Absence de titre : non significative, le cadre ne garantit pas sa présence dans le corps du texte.
- Absence de rimes irrégulières : le sonnet respecte sa forme fixe (deux quatrains embrassés, deux tercets) ; aucune attente formelle n’est ici déçue, donc rien à signaler.
- Absence de ponctuation finale forte : trait possible de l’usage de l’époque, attente trop faible pour être retenue.
- Absence d’adresse à un destinataire humain : recouverte par l’absence majeure du « je » et de l’isotopie sentimentale, déjà traitée ; ne mérite pas une ligne distincte.
11. Regard sur l’œuvre
Identification
Je reconnais avec certitude À la nue accablante tu, sonnet de Mallarmé publié en 1894 (revue Pan), l’un des derniers sonnets de la maturité, généralement classé parmi les pièces tardives proches du Coup de dés par leur hermétisme syntaxique. La lecture textuelle hors contexte a correctement identifié la forme (sonnet en octosyllabes, phrase unique hyperbatique) et l’enjeu central.
Ce que le titre apporte
Le « titre » est ici le premier vers lui-même (Mallarmé ne titre pas ce sonnet) : « À la nue accablante tu ». L’analyse a vu juste sur tu = participe de taire : la tradition critique confirme cette lecture (un naufrage tu, passé sous silence, sous la nuée). L’écart entre l’attente d’un pronom et le participe est bien le ressort initial, et l’isotopie /silence-effacement/ posée dès l’incipit est validée (certain).
Ce que le contexte apporte
La poétique mallarméenne éclaire et confirme plusieurs pistes conjecturales. Le « pas-de-côté » (le naufrage peut-être n’a pas eu lieu) rejoint la thématique mallarméenne du naufrage abstrait et du « rien » qui aura eu lieu — proche du Coup de dés (« RIEN N’AURA EU LIEU QUE LE LIEU »). La « sirène » comme seul corps englouti, irréalisant le désastre, est cohérente avec l’esthétique de l’absence et de la fiction pure (plausible→solidement attesté). L’impersonnalité (disparition du « je », analysée en rubrique 10) est un trait programmatique de Mallarmé : « disparition élocutoire du poète ». La saturation des rimes en -u et -aves correspond bien à sa recherche du « hasard mot par mot vaincu ».
Ce que la lecture textuelle hors contexte a manqué
L’analyse a sous-estimé que ce naufrage abstrait est, chez Mallarmé, souvent métaphore de l’échec ou de l’avènement du poème lui-même (la « trompe sans vertu », l’écume comme trace) — lecture métapoétique que le corpus mallarméen rend hautement probable (plausible), et qui aurait renforcé le relevé majeur n°4.
12. Synthèse interprétative
Partie A — Ce que l’analyse sémantique établit
Le mécanisme interprétatif central de ce sonnet tient en un geste d’inhibition opéré dès le premier mot rimant : « tu » (v.1), syntaxiquement traité comme un advmod mais imposé par la lettre comme participe de taire (§3). Cette bascule du pronom personnel vers le /silence/ n’est pas une finesse isolée : elle commande toute l’architecture sémique du poème. Car le sème /personne, interlocuteur/ que portait inhérent le pronom est éteint, et à sa place s’installe une isotopie /silence-effacement/ qui va, de proche en proche, contredire le bruit que le décor maritime laissait attendre. Le relevé majeur n°2 (§8) trouve là son point d’ancrage : un naufrage « tu » ouvre le texte par sa propre négation sonore, et cette négation se propage en chaîne — « trompe sans vertu » (v.4), instrument sonore privé d’effet, « échos esclaves » (v.3), résonances qui ne répondent pas librement — pour culminer dans le verbe principal rejeté en tête de v.8, « Abolit ». L’acquis solide ici n’est pas tant la lecture de « tu » (donnée comme plausible, §7) que la propagation d’une isotopie /vanité de la sonorité/ : « échos esclaves » et « trompe sans vertu » se renforcent mutuellement par contiguïté strophique pour établir que, dans ce sonnet, le son ne se produit pas.
Cette isotopie du silence n’agit pas seule : elle se noue à une chaîne /privation/ lexicalisée de façon entièrement analytique (relevé majeur n°5, §8), et c’est là un acquis ferme (« solidement attesté », §7). « sans vertu » (v.4), « mât dévêtu » (v.8), « avarement » (v.13) tissent un dénuement qui n’est jamais nommé comme tel mais dispersé sur les trois zones du poème. Le détail le plus probant est « dévêtu » : l’épithète superpose au mât un sème /nu/ d’origine humaine (le vêtement), transférant le dénuement de l’homme à l’objet maritime. La rime en -u, qui soude « tu / vertu / tu / dévêtu » (§6), n’est pas un ornement : l’équivalence sonore propage l’équivalence sémique, faisant de taire, être sans vertu et être dévêtu trois faces d’un même manqué (piste plausible, §7).
C’est ici que se reconstitue la molécule sémique centrale — {/eau/, /englouti/, /silence/, /vanité/, /anéantissement/, /privation/} (§4, §9) — dont la propriété décisive est d’être diffuse : aucun mot ne la concentre. « naufrage » (v.5), « abîme » (v.11), « noyé » (v.13) lexicalisent synthétiquement la part maritime ; mais le sème pivot /silence-négation/ n’a aucun mot propre stable, vivant seulement dans « tu », « sans », « Abolit », « vain ». Cette dissémination explique le constat de la rubrique 1 (« aucun item répété ») : un texte sans redite verbale ne peut porter ses isotopies que par sèmes afférents dispersés. Le travail est donc entièrement sémique, et c’est ce qui rend nécessaire le détour par les récurrences faibles.
De là le pas-de-côté (§5) et le relevé majeur n°1 : le naufrage est nié de l’intérieur. La syntaxe alternative-disjonctive « Quel sépulcral naufrage… Ou cela que furibond… faute de quelque perdition haute » (v.5, 9-10) suspend la réalité de l’événement, et « faute de » signifie explicitement en l’absence de perte — le sème /privation/ atteint ici son comble en niant la perdition elle-même. Le futur antérieur « aura noyé » (v.13) achève d’irréaliser. Reste alors la clôture sur « sirène » (v.14, relevé majeur n°4) : si le seul corps englouti est mythique, le désastre tout entier bascule du réel vers la fiction. Cette capture du fond marin par le fond fabuleux est donnée comme plausible (§7), non comme acquis. De même la tension d’âge « blanc cheveu » / « flanc enfant » (relevé n°6) reste une piste, où le /blanc/ se laisse capter par l’écume autant que par la vieillesse.
La plus-value est nette : une lecture spontanée aurait lu un drame maritime. L’analyse des isotopies discrètes — le silence inaugural, la privation analytique, la molécule sans noyau — révèle au contraire un sonnet dont le sujet n’est pas le naufrage mais son abolition, son non-dit.
Partie B — Ce que le contexte confirme, nuance ou infirme
L’analyse des absences (§10) confirme par un autre chemin la thèse centrale de la Partie A. La disparition du « je » lyrique et de toute isotopie du sentiment nommé — le seul pronom étant le « tu » impératif adressé à l’écume, le lexique demeurant minéral et marin — corrobore l’idée d’une parole sans sujet assignable, déplaçant l’émotion du cœur vers le cataclysme. L’opacité syntaxique relevée (phrase unique, hyperbatique, alternative non tranchée) confirme le caractère diffus de la molécule : l’absence de proposition principale stable redouble, au plan phrastique, l’absence de mot-noyau au plan sémique. La closure inhibée du dernier vers, fermée formellement mais suspendue par « aura noyé » et la figure irréelle de la sirène, confirme directement le pas-de-côté : le sonnet se clôt sur l’indécidable plutôt que sur une pointe résolue.
Le regard sur l’œuvre (§11) confirme l’acquis le plus assuré, la lecture de « tu » comme participe de taire : la tradition critique valide ce ressort initial et l’isotopie /silence-effacement/ posée dès l’incipit, faisant passer ce point du statut de plausible à certain. Le contexte mallarméen renforce par ailleurs ce qui n’était qu’une piste : le naufrage abstrait, le « rien » qui aura eu lieu, la sirène comme corps fictif irréalisant le désastre — autant d’éléments que la poétique de l’absence fait passer de plausible à solidement attesté. L’impersonnalité, traitée en rubrique 10 comme déception de l’horizon lyrique, est ici confirmée comme trait programmatique (« disparition élocutoire du poète »), de sorte que l’absence du « je » cesse d’être une simple lacune pour devenir un principe.
Un point seul nuance, voire complète la Partie A : la lecture métapoétique du naufrage comme figure de l’échec ou de l’avènement du poème — la « trompe sans vertu », l’écume comme trace — que l’analyse hors contexte n’avait pas atteinte. Cette piste ne contredit aucun relevé ; elle ajoute une couche que la molécule {silence + vanité + anéantissement} rendait possible mais que seul le corpus permet de nommer, et qui aurait renforcé le relevé majeur n°4.
Texte source
À la nue accablante tu Basse de basalte et de laves À même les échos esclaves Par une trompe sans vertu
Quel sépulcral naufrage (tu Le sais, écume, mais y baves) Suprême une entre les épaves Abolit le mât dévêtu
Ou cela que furibond faute De quelque perdition haute Tout l’abîme vain éployé
Dans le si blanc cheveu qui traîne Avarement aura noyé Le flanc enfant d’une sirène
Analyse générée par IA. Modèle : claude-opus-4-8. Date : 14/06/2026 à 22:55. Méthode : sémantique interprétative de F. Rastier. Ce document est une aide à l’interprétation, à relire d’un œil critique. Tokens : 31551 entrée / 10404 sortie | Coût estimé : 0.4179 $ (~0.3844 EUR) Projet de Frederic Pierron - Litteratures.net - fpierron@gmail.com Fichiers produits : analyses\t_mallarme\t_mallarme_20260614_2255_ANALYSE.md | analyses\t_mallarme\t_mallarme_20260614_2255_ANALYSE.html | analyses\t_mallarme\t_mallarme_20260614_2255_INDICES.md Pour une 2e passe :
python analyse.py t_mallarme.txt --consolider analyses/t_mallarme/t_mallarme_20260614_2255_ANALYSE.md